Plutôt que d'ajouter une nouvelle déclinaison au concert de louanges récoltées par les jeunes gendres idéals de Vampire Weekend, je vais m'attacher ici à me concentrer sur deux autres points :
D'une vous recommander avec insistance l'excellent Giving Up The Gun, figurant en huitème position sur le donc très plaisant Contra des vampires du dimanche
De deux de vous proposer un autre concert à emporter de la toujours surprenante Blogothèque. Au menu du jour la reprise du titre Walcott (tiré du premier album) par des New-Yorkais à leur aise quelque part dans Paris. Attention, envahissement de bar tabac culte*.
* est-ce l'envahissement ou le bar-tabac qui est culte ? A vous de voir
Il y a 100 ans, un 23 janvier de 1910 donc naissait Jean-Baptiste, dit "Django", Reinhardt, gitan de Belgique qui découvrira la France quelques années plus tard lune fois les roulottes installées au abords de Paris. Génie du siècle passé, plus grand guitariste de jazz que la Terre ait à ce jour porté, il a créé un style à lui tout seul, le jazz manouche, que quelques uns de ses brillants élèves (Bireli Lagrène, Christian Escoudé, Richard Galliano entre autres) s'emploient aujourd'hui d'honorer. Pour la mémoire et l'oeuvre de Django, emporté tôt, trop tôt un jour de 1953 d'une congestion cérébrale.
Instrumentiste virtuose au swing démentiel, le gitan à l'éternelle cigarette nichée sur les lèvres était pourtant bien plus, infiniment plus qu'un monstre technique. Compositeur d'innombrables mélodies imparables mêlant phrasé jazz et rengaines manouches, Django Reinhardt a changé la face du jazz et de la musique comme personne avec son ami Stéphane Grapelli, son violoniste préféré et co-inspirateur de toujours.
Maître des cordes, Django n'avait jamais réussi à s'exporter outre atlantique, incapable se sacrifier aux exigences des orchestres professionnels de Duke Ellington et co et d'oublier sa tranquilité de bohême de Paname. Eternel dilemmen d'un doux rêveur qui ne savait même pas lire et écrire ... Icone de Saint-Germain-des-Prés qui lui doit bien autant que Sartre et les autres, il reste tout de même aujourd'hui un des seuls jazzmen européen de l'histoire ayant contesté la suprématie américaine des premières années du jazz. Présence fantômatique dans le fameux "Accords et Désaccords" de Woody Allen, il était cette rumeur, ce gitan que l'on avait jamais vu ni entendu mais qui disait-on surpassait tout ce que l'on pouvait imaginer.
Parti depuis longtemps maintenant, Django Reinhardt, mythifié de son vivant et mort sans coup férir, restera à jamais l'ambassadeur des gitans de France et d'ailleurs dont l'image en noir et blanc ne vieillira pas tant que quelques guitares se chargeront ici et là de perpétuer la légende.
Bien qu’indéniablement doués, les Shins de James Mercer doivent probablement aussi beaucoup à Zach Braff et Nathalie Portman. Le premier pour les avoir propulsé sur le devant de la scène par bande-son interposée dans son Garden State. La deuxième pour avoir introduit New Slang avec cette simple phrase qui leur collera sans doute longtemps à la peau : «It’ll change your life, I swear » en tendant son casque au premier.
L’anecdote à part, les Shins se sont depuis taillés leur place au soleil tout seuls avec une pop légère et planante s’épaississant peu à peu à chaque album. Pensionnaires de Portland depuis quelques années, James Mercer et sa bande étaient venus à Paris en 2007 pour offrir nonchalamment quelques concerts à emporter aux Parisiens pour le plus grand bonheur des badauds passant par là. Capté par la Blogothèque, ce moment assez unique est condensé dans deux vidéos, soit 5 chansons des Shins jouées au gré de leur parcours dans la capitale ce jour là.
Les années 80 ont longtemps été pour moi l’aboutissement du mauvais goût dans à peu près tous les domaines de l’espace public. On y écoutait des ersatz de rock atroces remplis de synthés immondes et les noms d’Indochine et de Depeche Mode n’inspirait pas le dégoût que ces deux horreurs ambulantes ont toujours mérité. On sortait affublés de fringues kitshissimes, les youpies inventaient le bling-bling sans que personne n’y trouve rien à redire et Reagan et Thatcher déglinguaient (pour de bon ?) l’esprit des deux grands berceaux de la pop culture qui recrachaient ahuris des concepts innommables : Madness, A-Ha, Talk Talk, Simple Minds et surtout, beurk, Duran Duran. Ambiance néons à deux balles, costumes blancs dégueus et coupes de cheveux impardonnables…
Malgré tout cela j’ai aimé Adventureland, dernier film de GregMottola (auteur du fameux Supergrave) après avoir pourtant découvert avec effroi au bout d’une heure d’inconscience mêlée à une pointe d’inattention un détail qui aurait du être rédhibitoire : je matais bel et bien un film sur les années 80, la fin des années 80 pour être plus précis, une décennie que je détestais presque encore plus que la décennie 1935-1945.
Fin de la rhétorique et petite présentation. Réalisé par Greg Mottola et produit par Judd Appatow , à peu près cité partout comme étant à tort ou à raison le nouveau pape de la comédie à Hollywood, Adventureland est un beau film sur l’adolescence qui s’en va, réussissant l’exploit de s’enraciner dans les années 80’s sans tomber dans le ringardisé. A la différence de Supergrave, vrai comédie-performance, on est là face à une comédie en nuance, jouant habilement sur le filon de la nostalgie et de la mélancolie sans tomber dans le panneau de la mièvrerie.
Vrai figure de l’univers d’Appatow, Martin Starr, l’éternel ado à lunettes au physique ingras, saisit à lui seul toute la symbolique du temps qui passe dans le cinéma labélisé Judd Appatow. Ancien jeune ado repoussoir dans Freaks & Geeks, l’éphémère série qui lanca Appatow au début des années 2000, Martin Starr approche maintenant les 20 ans et est toujours au comble du complexe du paria social mais une pointe de spleen remplace de plus en plus la touche d’humour qui lui était affectée quelques années avant. Figure emblématique du geek moderne, Martin Starr réussit cependant ici à nous donner envie d'aller voir plus loin que les clichés ayant aujourd'hui envahi les fictions américaines et c'est sans doute cela aussi le signe de l'âge adulte qui pointe. Pour ceux qui voudraient en savoir plus, suite de l’évolution du personnage dans la récente et excellente série Party Down, reprogrammée pour une seconde saison US.
A la charnière de la high school et du college, on rencontre également dans Adventureland une attendrissante collection d’autres êtres improbables, souvent drôles à leurs dépens mais jamais vraiment moqués méchamment. En vrac : les excellents Bill Hader et Kristen Wiig en couple un poil barré tenant un parc d’attractions tout aussi barré qu’eux. Un Ryan Reynolds jouant l’éternel ado pseudo ténébreux rêvant de percer avec son groupe malgré sa date de péremption passée depuis bien longtemps. Jesse Eisenberg en smart kid à l’ouest mais assez malin pour rester dans les clous. Et puis bien sûr la très gracieuse Kristen Stewart qui ne fréquente ici ni vampires ni loups-garous.
Vrai film sur la jeunesse évitant les clichés du genre, Adventureland ravit par son ton très low-key et sa capacité à amener sens, ressenti et impressions sans avoir besoin de prendre le spectateur par la main et de lui infliger du cliché à tout bout de champ. Pas de longueurs non plus, le film ne succombant pas au piège du quart d’heure de trop, ce qui devant être dit étant dit sans répétitions et insistances. En bref, rien d’un film oscarisable ou prêt à la panthéonisation mais avec assez de moments captés et de clins d’oeils affectueux pour mériter ce fameux titre de « générationnel ».
Car Adventureland est bien au fond un film générationnel sur les années 80’s s’essouflant dans la jeunesse US. Le temps du disco parait déjà bien loin et on pressent déjà dans les moues et les indécisions d’Emily les futurs débuts du grunge et la nouvelle jeunesse qui prendra un dénommé Kurt Cobain comme éphémère idole au lieu des veaux d’or adulés quelques années plus tôt.
La bande-son s’en fait l’écho, amenant à côté de quelques monstres sacrés (The Cure, LE groupe générationnel par excellence, David Bowie, Lou Reed et le Velvet Underground) des refrains eux quasi passés aux oubliettes de l’histoire (Big Star, The Replacements, Crowded House, Falco), histoire de relever le ton avec une subtile nostalgie sans tomber dans le revival saturé de synthés. Au long de cette jolie expérience cinématographique et musicale, on se prend même à apercevoir une certaine beauté dans cette époque coincée entre deux à la manière de ces gentils ados coincés entre deux âges.
Le mot de la fin ? Si vous ne devez voir cette année qu’un film sur les années 80, louez Adventureland.
L’habituel groupe qui balance de la pop à pleins tubes sans qu’on l’attende et qui retombera dans les abysses de l’anonymat 12 mois après. Pas une raison pour ne pas en profiter tant qu’il est temps.
Song Away en live chez Jools Holland
Band Of Horses – Detlef Schrempf (Cease Of Begin)
Nom tiré d’un gracieux shooteur des Seattle Sonics (Basket-Ball pour les non-initiés), cette toute aussi gracieuse chanson montre que malgré la refonte complète des membres de la troupe de chevaux fougueux, Mr Ben Bridwell sait toujours y faire.
Les Dodos sont une espèce d’oiseaux décimés en terre de Madagascar à l’arrivée des colons il y a quelques siècles de cela. Pas dit que leurs homologues musicaux fassent long feux non plus mais aux moins eux auront laissé un héritage, ce qui n’est pas le cas de ces stupides piafs.
Danois mais bien plus volontaristes que leur capitale, Alphabeat, après avoir commis le génial Fascination, a fait cette chanson assez géniale dans un album méga-énergique qui donnerait presque envie de ressusciter le disco-rock si tant est qu’il est déjà existé. La rencontre imparable des Scissor Sisters et des Blacks Kids.
Le clip de Fascination
Bon Iver – Flume (For Emma, Forever Ago)
Un beau jour Mr Justin Vernon, baptisé Bon Iver par amour pour le froid français (authentique), s’est exilé dans un chalet sous la neige pour oublier un triste amour déchu et est revenu en ville quelques mois après un album pondu sous le bras. Authentique aussi, à peine croyable et pourtant bien vrai. De l'accoustique à écouter religieusement.
Skinny Love en concert à emporter de la Blogothèque dans une curieuse ambiance d'incantation hippie
20/03/2010 @ 04:27:57
par watch
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20/03/2010 @ 01:56:49
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20/03/2010 @ 01:54:58
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